Triathlon Portsmouth 1991

1,5 km de natation, 40km de vélo, 10km de course à pieds
Me voilà embarqué avec mon pote Stéphane (champion UNSS en natation) dans cette 3ème édition du triathlon de Portsmouth, qui va voir naitre un nouveau champion, Spencer Smith, et svp au sprint d’une seconde devant le triathlète belge Volkaert, qui marche très fort cette année-là (dommage j’étais derrière un peu plus loin, j’ai loupé l’emballage du sprint… il parait que c’était un truc à voir).

Le Havre, vendredi soir : 20h, Stéphane trouve une place pour sa voiture et on embarque sur l’hovercraft pour une traversée de nuit. Celle-ci sera assez mouvementée; les vélos eux dorment dans leur housse, appuyés contre les machines à sous, et nous non loin de là, on profite de la belle moquette épaisse pour essayer de passer la nuit…
Pas terrible, surtout vu le va et vient entre toilette et places assises, incroyable comme le coin est bondé de monde.
Au petit matin, on arrive au port de Portsmouth, l’horizon est fait de containers et de containers… On découvre…
Aïe !! Première barrière dure à franchir, la femme flic nous énumère toute une liste de mots comme : Back-chiche, cocaïne, marijuana…
On se met à rigoler, pas elle, et là premier contrôle des sacs à dos puis des housses de vélo… Visiblement elle n’est pas au courant du triathlon de ce week-end.
Après vérification, on passe et plus loin on remonte nos chevaux. Prenant la direction de la plage, avec notre dégaine de campeurs, on descend tranquillement un super boulevard qui laisse entrevoir de belles propriétés, où est déposé devant chaque porte, le lait et les nouvelles fraîches. Il n’y a pas un chat. Côté revêtement de la route : superbe, du billard. Plus loin le village triathlon se monte tout doucement; visite du coin, discussion sur la plage de galet, dossard en poche, on commence à tester les engins sur de belles lignes droites proches de l’arrivée. Le soir l’organisation nous trouve un hôtel, ouf ! On était mal, celui-ci est collé à une discothèque, du coup très mauvaise nuit, heureusement je profite de la TV, chic ! Ce soir il y a le championnat du monde de Marathon et la belle foulée de Steve Moneghetti, et ce japonais Takumaru un nom comme ça …qui marche très fort cette année-là, houille le pauvre… à un ravitaillement un autre lui marche sur sa chaussure (alors qu’il était dans le groupe de tête) c’est le cafouillage total, sa running est perdu… il retourne la chercher… passionnant; bref, en gros j’ai dû dormir 3h. Lendemain matin, Stéphane au petit dèj me dit qu’il a passé une super nuit, tant mieux pour lui, 3h plus tard on regagne les lieux de l’épreuve qui se trouve à 400m de l’hôtel. Il y a déjà une grande file pour les marquages, on reconnait vite fait : Robin Brew, Hobson, Fons Hamblock… Scott Tinley est absent, dommage je suis fan, mais le vieux maintenant a du mal à tenir sur le courte distance, ce qui n’est pas le cas sur le long. Des soldats en uniforme sont là, ils installent le Start sous forme d’un vrai canon, toute la ville vit au rythme du triple effort. Le port où les caravelles sont amarrées ouvre ses grilles car le parcours pédestre emprunte ses quais. Avec Steph, on se fait tirer le portrait dans le parc à vélo, ensuite vient le roulement de tambour, la mèche s’apprête à chauffer, je suis sur la 1ère ligne prêt à bondir, un type est à côté de moi, avec la rose de tatouée sur la poitrine. BRRRrrr ! Sans combinaison, en slip, costaud le mec, car ce matin-là pas terrible la météo. Pan ! C’est parti, au bout de 60 m (très grosse erreur de l’organisateur, 1ère bouée qu’à 60m, il faut que tout ce beau monde soit 400 triathlètes tournent sur la droite) c’est la machine à laver, embouteillage immense, et oui pour une fois. J’ai coupé le fromage pour éviter l’incident, après un sprint de 60m, je gonfle mes poumons et disparait pendant 7m dans cette eau sombre… mais l’envie de vomir me vient… Steph lui se bat devant avec les meilleurs, il est comme un poisson dans l’eau, la mer remue fortement; du coup tout le monde rajoutera 10 mn à son chrono. Je concède presque 12mn à Spencer qui sort 2ème, Steph fait une superbe 12ème place, j’arrive sur la plage dans un rouleau de vague qui me balance sur les galets, un peu plus haut sur une butte, les soldats sont toujours là, rajoutés au ciel gris-noir et le bruit des tambours, il flotte comme une atmosphère de guerre, nous sommes comme les rescapés d’un navire.
Le vélo démarre très fort, et nous rejoignons de belles lignes droites en pleine campagne où la pluie est passée avant nous, je commence à croiser la tête de course, houlà !
Ça va très vite en effet, je réalise un super temps en 1h06 soit 6mn de plus que Spencer, et rattrape tout juste à l’entrée du parc mon Stéphane.
Après un changement éclair, je repasse devant lui, les nageurs rouleur ce jour-là avaient vraiment leur carte à jouer. Avec des nœuds dans les mollets, je réalise un bon 38mn et franchi la ligne d’arrivée à la 120ème place. Un peu plus tard, épuisé, Steph tombe dans mes bras dès la ligne franchie, la boucle est bouclée.
Vingt minutes plus tard, on est interviewés par un journaliste du Triathlète Magazine, on récupère doucement et ensuite nous regagnons les tables de massage où l’on discute avec Sarah Springman (grande triathlète). Elle m’explique toute l’importance des étirements avant un effort…
Le soir, retour en bateau et on fait connaissance d’un autre Français, triathlète aussi, dommage c’était la dernière édition de ce superbe triathlon, mais quel week-end !
Pendant la traversée, je retrouve le sommeil… ZZZzzz !