Triathlon des Cîmes Réunion 1988

Cette édition de 1988, de l’île de la Réunion, comme disait Mark Allen, à l’arrivée, en vainqueur, « c’est certainement l’un des triathlons les plus durs au monde ».
On en était pas loin. J’ai envie de vous raconter cette semaine folle, pas comme une épreuve sportive, mais comme un groupe de potes, se retrouvant dans la même colo.
Aéroport de Paris, je suis le 2ème à arriver, un type est là, je reconnais tout de suite JC Cauchois, on discute avec l’organisatrice… 2h après, les réacteurs nous propulsent vers une île, où faire du sport, est un immense privilège car l’effort se fait dans un cadre paradisiaque. Mon voisin est Edouard Alves, on sympathise, en plus, on vient du même coin… On restera collègue plusieurs années, un gars charmant avec un potentiel énorme (petit rappel en 1993 : 3ème sur l’embrun-man en Open).
Une fois sur place, on a du mal à penser que l’on va faire un triathlon, relief accidenté… On parle de requins et faire un footing dans cette fournaise, ce n’est pas l’idéale. Après ma terrible défaillance à Nice l’année d’avant, je teste encore le long distance.
L’avant course est plutôt agréable, de vrais vacanciers, mes voisins de serviette sur la plage, sont Ph Méthion (notre chp de France) et Gustave Parking (comique) qui nous questionne curieusement sur cette future épreuve. En semaine, petit entraînement avec Danilo Palmucci et Karel Blondeel, 2 spécialistes et qui ont déjà brillé ici. La sortie sympa tourne au cauchemar pour moi, dans le col tout le groupe se disloque, et vl’a t’y pas que je me paume complètement sur l’île, enfin là j’ai vraiment fait fort, on va dire que 5 jours avant le triathlon je me suis fait 185km, quasiment le tour de l’île et ce n’est pas vraiment le truc conseillé à faire. Un moment je voyais la capitale au loin, St Denis, et là j’étais vraiment au bout du rouleau, je m’arrête dans un bar, joues creusées et demande de l’eau avec le maximum de carrés de sucre au fond, dans le saloon les personnes me regardaient d’un drôle d’œil, Ha ! Dans ces contrées il faut le bon ravito sinon ça coince, surtout avec ce taux d’humidité. À 15km de notre village vacances (St Gilles), un car me reprend, c’est les participants, il y a tous les participants dedans, eux faisaient une visite de l’île, comme moi, mon compteur affiche 185km… Certains se pose des questions sur mon état de fraicheur pour dimanche ?
Jour J : C’est parti, le fond marin est sombre, j’essaye de ne pas être trop lâché par la tête, pas très rassurant cet endroit on voit rien dans cette mer, après un bon chrono je retrouve mon BH et file sur une longue ligne droite, je reprends la ravissante Marie-Paule Grabe, Poulidor est là avec sa femme et nous encourage.
Le triathlon à cette époque est encore un sport fun, que l’on regarde d’un drôle d’œil, nos guidons et nos tenues ne sont comme aucune autre discipline.
Ça y est, nous y sommes, col de 2ème catégorie « le tampon 35km », il est là, et croyez-moi, il ne faut pas s’affoler, car il est long, très long, et le thermomètre ce matin-là va chuté de 37° à 15°, dans le haut du Tampon, mon pote Edouard me rattrape, entre-temps un autre collègue (voir photo ci-contre) me raconte sa natation… en compagnie d’une douzaine de dauphins. On fera un bout de chemin ensemble, de la compagnie dans le tampon, ce n’est pas de trop, ça monte, c’est interminable, plus haut 2 gars du coin un moment m’agrippent le derrière de la selle et me pousse sur 100m, houa ! Quel plaisir cette petite poussette, et oui, ici, c’est comme le tour de France qui passe. Avant de basculer au sommet, dans la fraîcheur des champs de canne, car là-haut il fait très froid et il vient de pleuvoir, Scott Molina tend des journaux au dernier ravito, pour mettre sous les débardeurs, car la périlleuse descente promet de nous refroidir, je double Julie Moss qui redouble de prudence et m’élance (78km/h) les nouvelles fraîches sous les aisselles, s’arrachent et s’envolent un peu partout, la chaleur revient pour les 25 derniers km, terrible ce changement de température pour l’organisme. Une fois le vélo posé et les running d’enfilées, on repart pour 30km, j’ai rarement vu dans un triathlon autant de coureurs à pieds souffrir, Julie Moss revient sur moi vers le 15ème km (Super ! ce n’est pas tous les jours que l’on peut courir aux côtés de la reine de Kona sur 5km). Les gens nous tendent des litchis, la foulée de ma voisine m’inquiète sur son état, mais elle finira par me lâcher quand même ; plus loin une femme me propose de me masser les jambes avec du synthol, je rêve ! Si si, ça existe des gens comme ça, je termine entre Julie Moss et Chantal Malherbe (2 grandes spécialistes) à la 53ème place en 9h02, je rentre à peine dans le triple effort, le chemin est encore long.
Mark Allen gagne ce jour et j’ai le plaisir de le retrouver en 1999, sur l’Ironman de Wolverhampton (Angleterre) lors de sa retraite pendant sa tournée mondiale, m’interpellant, il me dédicace un poster… Cadeau ! Grand Monsieur du triathlon.